Le Royal & Ancient – ainsi que l’USGA – font tout ce qui est en leur pouvoir afin que le golf se démocratise et garantisse ainsi la croissance de ce secteur économique et des entreprises qui le portent. Et l’axe qu’ils ont choisi pour atteindre ce Graal se dessine de plus en plus clairement : créer un sentiment d’autosatisfaction chez le néo-golfeur; lui offrir un moment de gloire car, comme le disait Andy Warhol, “demain tout le monde sera célèbre”.

os Guides Éthiques et Spirituels (le R&A et l’USGA)  savent parfaitement que si cet objectif est atteint, s’ils peuvent faire qu’en sortant du parcours tout nouveau golfeur se dise “super ce truc… et en plus j’ai joué comme un Dieu !” la partie sera gagnée et le golf culminera au pinacle des sports populaires comme le basket ou le baseball aux Etats-Unis.

 

Alors, en matière de démocratisation, nos décideurs y sont allés à la louche ces dernières années : 

Nous avons tout d’abord été témoins d’une simplification des règles significative. Puis la technologie s’est concentrée sur la tolérance des clubs pour pardonner les coups ratés. Cette même technologie a permis aux balles de limiter les écarts latéraux (cf. comparatif vidéo: 40 ans après…) augmentant par la même occasion la distance parcourue par les joueurs habitués aux trajectoires courbes. Enfin, le fitting des clubs est venu mettre la dernière couche à ce nivellement général en gommant les dernières aspérités qui pourraient rendre l’outil de jeu inconfortable. 

Sur le plan psychologique les nouveaux joueurs ont été particulièrement choyés également puisqu’aujourd’hui leur matériel n’est plus identifiable par rapport à celui des meilleurs golfeurs (cf. article Clubs Hollow-body).

Donc maintenant, que reste-t-il pour inciter les débutants à poursuivre la pratique du golf et leur permettre d’arracher un quart d’heure de gloire à la carcasse fumante d’un foursome dominical? 

Le fitting de parcours. Of course !

Car si les nouvelles règles et le nouveau matériel ne suffisent pas, il ne reste finalement plus que lui. 

Aujourd’hui, deux nouveaux départs sont venus habiller la plupart des fairways des clubs qui veulent coller au plus près aux directives du golf de demain. Deux catégories de plus qui concerneront les joueurs les moins puissants puisque c’est sur cette base – plus que celle du niveau de jeu ou de l’index – que sera désignée désormais la couleur de votre tee de départ. Cela fait suite aux tests déjà effectués aux USA et en Europe. Le grand David Tutleman, lui-même, a sorti son compas et sa calculette pour dire que cela fonctionnait, c’est dire… 

Mais ça fonctionne en quoi, au fond?

Cela sert à rendre le parcours jouable pour les plus petits : c’est sûr. Cela sert aussi à re-motiver les seniors pour qui les départs rouges finissent par être trop loin des greens : c’est certain.

Mais à quel prix?

Quelle sera l’ambiance d’une partie où l’un des joueurs part du fond, un autre des jaunes, un troisième des rouges et le quatrième tout la bas, près du green, de son départ orange ou violet? Ces quatre “happy golfeurs” auront-ils l’impression d’avoir joué le même parcours à la fin de leur journée? Rien de moins sûr, et, ce, quel que soit le nombre de coups rendus. En conséquence, il est probable que la bière ou la coca mis en jeu lors de leur match aura un drôle de goût une fois nos protagonistes accoudés au bar du club-house…

Car dans cette course à la séduction, les instances ont oublié au passage le travail du designer de parcours. Pour avoir vu certains des meilleurs architectes pratiquer leur art sur le terrain, je peux vous assurer que le bunker qui vous gêne tant dans le coin gauche du trou numéro trois de votre home-club n’est pas là pour rien. Il a été calculé précisément en fonction de la distance qui le sépare des départs classiques. Alors bien sûr que cette mesure est bonne pour nos plus jeunes tout comme pour nos plus anciens, Mais à l’arrivée, la stratégie n’aura plus beaucoup de sens les concernant, sans parler de l’esprit du tracé qui se sera délité progressivement au fil des coups joués.

Enfin, on ne peut voir les parcours s’adapter aux joueurs (plutôt que le contraire) sans se souvenir de ce qui pourrait bien être la prochaine mesure adoptée pour faciliter encore le jeu : la multiplication des drapeaux sur les greens. Cette expérience (déjà tentée dans les années 80) proposait de jouer le drapeau classique pour le commun des joueurs ou un autre plus “facile” placé dans une zone du green moins dangereuse pour ceux qui voulaient s’offrir un score plus “ronflant”. 

En adoptant cette mesure, le R&A comme l’USGA ont apporté de l’eau au moulin de ceux qui soutiennent que le golf devrait s’organiser autour de deux livres de règles et de deux types de parcours.

Et si de nouvelles mesures sont prises dans ce sens, je me demande si je ne vais pas finalement changer de camp…

FdeC.

One Comment

  1. Chorus

    A mon sens, démocratiser le golf se heurtera toujours à 2 écueils majeurs (il y en a beaucoup d’autres) :

    1- Le coût d’entretien des parcours qui impose un droit d’entrée sensiblement plus important que l’inscription à d’autres sports populaires tels que foot, basket, tennis etc… Seules les familles les plus aisées peuvent inscrire leurs enfants au golf, voire jouer elles-mêmes (inscription pour un couple au moins 2000€ par an).

    2- La distance séparant le lieu où l’on habite de l’endroit où l’on joue. Chaque commune a un terrain de foot ou une salle permettant d’apprendre et de jouer pour 2 francs 3 sous. Mais combien pourraient s’offrir un golf communal et pratiquer des tarifs similaires à ces sports qui ne sont pas populaires par hasard ?

    Je trouve que c’est une excellente idée de simplifier les règles afin qu’elles de pénalisent pas inutilement à la fois le jeu et le joueur. De même de fabriquer des clubs qui facilitent l’apprentissage afin de ne pas perdre les moins persévérants d’entre-nous…
    Mais avancer les départs au-delà du raisonnable me donne l’impression que les instigateurs de cette mesure n’ont aucune conscience des 2 points évoqués ci-dessus.

    Qu’on le veuille ou non, le golf restera un sport + ou – élitiste du fait même de ses caractéristiques et de ses conditions de jeu. Sauf à ce qu’une politique nationale soit mise en place dans ce domaine (cf la Corée du Sud) mais je ne suis pas certains que ce soit la priorité de nos décideurs pour les prochaines décennies…
    De plus les problèmes d’approvisionnement en eau (l’un des postes les plus coûteux dans la gestion d’un golf semble-t-il) ne devraient pas aider à populariser cette drogue douce qu’est le golf.

Répondre

Votre adresse email ne sera pas publiée.Les champs marqués d'un * sont obligatoires.

Vous pouvez utiliser ces HTML tags et attributs : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>