Les fitteurs soutiennent que l’apprentissage du golf avec des clubs non personnalisés est une perte de temps – et serait la cause d’un abandon fréquent de la pratique du golf – tandis que les enseignants affirment qu’il n’est pas possible de faire progresser un joueur avec des clubs qui compensent ses fautes de swing.

Si les deux points de vue sont défendables, il semble nécessaire, en listant les points faibles et les points forts de chacune de ces théories, de trouver la voie alternative qui conduirait à un éventuel consensus.

Attention, cependant! Il ne s’agit en aucun cas de trouver un compromis qui permette à deux professions conflictuelles de signer un traité de paix. Il s’agit plutôt de mieux définir les axes de travail qui doivent exister entre ces deux mondes pour que le joueur ne soit ni sous l’influence exclusive de son fitteur ni sous celle de son pro mais plutôt que ces deux intervenants emploient leurs compétences dans une voie commune ayant pour unique but de le faire progresser.

LE FITTING, QU’EST CE QUE C’EST?


Pour comprendre là où coach et club-fitteur peuvent se rejoindre, il nous faut bien définir ce qu’est le fitting et ce qu’il a été. Nous nous rendrons alors compte qu’il y a des des aspects de ce dernier sur lesquels fitteurs et coachs sont en phase et d’autres où ils ne peuvent pas être d’accord. Nous verrons également que le seul terrain d’entente possible entre les deux se trouve niché quelque part dans un lieu qui se nomme “verticalité” et que leurs divergences deviennent importantes dès lors que nous nous aventurons dans la “latéralité”.

Commençons donc pas réviser nos connaissances sur cette adaptation des clubs au joueur que l’on nomme “fitting”.

Le fitting a toujours existé au golf puisqu’à la création de ce sport, les clubs étaient fabriqués de façon unique pour chaque joueur. Il a pris une toute autre dimension lorsque les techniques de fabrication ont permis la création de clubs de golf en série et que c’est alors posée la question de normaliser leur production pour satisfaire le plus grand nombre. Face aux nombreuses différences de morphologie (ou de sensibilité) présentées par les joueurs, les enseignants (aidés généralement par le Caddy-Master du club) ont commencé à faire modifier les clubs de leurs élèves les plus atypiques. C’est ainsi qu’en fonction de leur taille, de leur poids ou de la longueur de leurs bras, ou encore du fait du calibre de leurs mains, les clubs ont été adaptés.

Cela se traduisait principalement par :

– un allongement ou un raccourcissement des shafts (manches)

– une modification des lofts tenant compte de la modification de la longueur du bras de levier (c’est à dire du travail effectué en amont sur le manche).

– un grossissement ou un amincissement des grips

– une modification de l’angle existant entre la semelle du club et l’axe du manche (c’est à dire du lie du club).

– enfin, le réglage des clubs incluait un contrôle et un ajustement des swing-weights afin que l’équilibre des clubs soit identique au sein d’une même série.

Toutes ces modifications étant réalisables sans que le joueur n’ait percuté la moindre balle, ce type de fitting est ce que nous pourrions appeler le Fitting Statique.

Au début des années 2000, différents radars et Dopplers ont permis d’avoir, cette fois, des informations sur les caractéristiques de vol de la balle (ou data) extrêmement précises qui ont débouché sur un affinement plus poussé du fitting statique: le Fitting Dynamique.

Connaître la vitesse de passage du joueur à l’impact a permis de rationaliser une rigidité de manche qui était jusque-là une simple estimation, Dès lors que ce shaft devenait l’un des éléments essentiels du réglage du club, est née la prise de conscience qu’un manche pliait de façon irrégulière lors du swing et que chaque type de flexion correspondait à une hauteur de balle et une quantité d’effet différente. Le Kick-point – ou point de flexion -, devenait une valeur star et elle jouait sur la verticalité du coup de golf, c’est à dire sa hauteur.

Jusque-là, tout allait pour le mieux et golf pros et club fitteurs marchaient la main dans la main, certains de faire ce qu’il fallait pour que les joueurs progressent. Mais les radars continuaient de donner de plus en plus de data, certains ont voulu les exploiter pour offrir le sempiternel “toujours mieux, et les choses se sont gâtées. Car les machines ont commencé à nous dire de combien nous rations la cible, dans quelle fréquence, avec quel type de contact, et les fitteurs se sont pris pour des techniciens du swing puisqu’ils étaient capables d’influer sur la trajectoire de la balle. Résultat des courses: si votre balle part tout le temps à droite, modifions la répartition des masses sur le club, corrigeons légèrement l’orientation de la face de club à l’adresse (hook-face), et tout ira mieux.

Cette fois, la dispersion que le fitteur veut éradiquer est une dispersion latérale. Le coup dévie vers la droite ou vers la gauche et le club doit y remédier.

Il s’agit là d’une voie dans laquelle il ne fallait pas s’engager car cette dispersion latérale touche aux fondements de l’enseignement qui est d’utiliser toutes ses ressources pour parvenir à une maîtrise de son corps, et par extension, de sa gestuelle.   

D’un certain point de vue, nous pourrions dire que les fitteurs utilisent leur travail pour atteindre un résultat immédiat, quel que soit le geste ou le niveau du joueur. Chez les enseignants, le travail est tout autre. La clef de voûte de l’apprentissage ne réside pas dans l’obtention du résultat, mais dans le chemin que le joueur doit parcourir pour l’atteindre.

Si les fitteurs se contentaient aujourd’hui de travailler dans la phase statique évoquée plus haut, ils laisseraient la porte ouverte aux enseignants pour qu’ils puissent pratiquer leur métier qui consiste notamment à rendre le joueur capable de gérer l’ouverture et la fermeture de la face de son club pendant le swing.

Un vœux pieux, puisque les constructeurs sont souvent les premiers à montrer le mauvais exemple en produisant des “outils compensés” qui ne permettent plus aux enseignants de faire leur travail, ce qui conduira à terme à la probable disparition de ce métier.

Dans certains univers, cela se nomme une captation de clientèle, dans d’autres, un hold-up en passe d’être réussi.

Au golf, cela n’a pas encore de nom… mais ça va venir.

FdeC.

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