LE FOND AVANT LA FORME…

S’il est une phrase que je n’aurais jamais pensé écrire, c’est bien cet aveu : l’une des choses que j’ai le plus regrettées, dans ma vie de golfeur, aura été l’absence d’Internet dans mes plus jeunes années… C’est dit, et bien que cela puisse laisser penser que je suis une espèce de geek-golfique, ou un inconditionnel des jeux virtuels, je ne le suis absolument pas. Non, pas du tout. Si Internet m’a terriblement manqué, c’est simplement que j’aurais gagné un temps fou et une confiance hors du commun si j’avais pu surfer les vagues immémorielles de YouTube – par exemple – à la recherche d’images et de mots à l’apparence datée mais aux messages terriblement modernes. 

Je serais allé chercher les clefs du grip de Bobby Jones, j’aurais scruté le plan de swing de Ben Hogan au microscope, j’aurais regardé le swing de Sam Snead en boucle afin de m’inspirer de son fameux relâchement, et j’aurais démonté toutes les pièces du moteur de swing que propose David Leadbetter dans sa rencontre avec Nick Faldo. Bien sûr, je n’aurais pas manqué, non plus, l’explication de la méthode Square to Square de John Jacobs, ni les pensées de Bob Toski, Butch Harmon ou encore Jim Ballard.

Bien évidemment, je parle là des grands théoriciens du swing; des grands pédagogues. Pour ce qui est du spectacle, je me serais régalé du British Open 1979 et de la fougue rageuse de Severiano Ballesteros, du match surréaliste entre Woods et May au dernier tour de l’USPGA 2000, ou du duel au soleil Nicklaus – Watson lors du British Open de Turnberry en 1977.

Sachant que les noms qui figurent sur cette page représentent à eux seuls des centaines de tournois gagnés et des dizaines de champions formés, on peut cependant s’étonner du nombre de vues que leurs vidéos suscitent.

En moyenne, les vidéos de ces stars intemporelles et de ces parties acharnées sont vues 50 000 fois par an. Parfois beaucoup moins. Force est de reconnaître que c’est peu, incroyablement peu lorsqu’on sait que ces joueurs et ces techniciens sont les fondateurs du jeu moderne et qu’ils ont remodelé, années après années, les contours du swing que nous pratiquons au quotidien.

Aujourd’hui, les consultations de vidéos à vocation golfique sont pléthore sur le web. Certains Youtubers (dont je n’arrive jamais à me souvenir du nom) parviennent à collecter des centaines de milliers de vues – parfois des millions – en utilisant les mots clefs du succès dans les titres de leurs capsules. Ces mots sont connus de tous : (méthode anti-slice, plus de puissance au drive, stop aux 3 putts, casser les 90, etc.) et le contenu technique des vidéos proposées n’est généralement rien de plus qu’une interprétation tronquée, déviée, ou partielle du message délivré originellement par les légendes citées plus haut. Idem pour le spectacle : quel est le véritable intérêt de voir 3 ou 4 joueurs d’un niveau moyen s’écharper sur un parcours à la qualité douteuse quand on peut s’offrir un match comme Tiger Woods Vs Bob May en restant tranquillement dans son canapé ? J’avoue avoir du mal à comprendre… 

Car ce qui m’inquiète, c’est que se nourrir du médiocre lorsqu’on peut goûter à l’excellence a des répercussions insoupçonnables sur la représentation mentale du swing de celui qui tient le club. Quel joueur ou joueuse sortira à terme de cette immersion dans l’imitation approximative et incomplète ?

J’en ai déjà une petite idée, pour tout dire. Des joueurs obsédés par des séquences de swing sorties de leur contexte, qui bloquent sur des concepts fantaisistes desquels ne se dégage aucun fil rouge.

D’où mon conseil : pour bien jouer demain, visionnez juste aujourd’hui ! 

FdeC.

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