LE SWING DE DUSTIN JOHNSON

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Ausculter le swing de l’un des tous meilleurs joueurs de la planète depuis maintenant 9 ans peut sembler aussi ardu que osé. Et pourtant Dustin Johnson ne coupera pas à un petit tour sur notre table de dissection pour une rapide analyse de ses caractéristiques de jeu, de ses points forts et de ses points faibles, ainsi, bien sûr, que de sa philosophie de swing.

Malheureusement habitué à vivre les tourments du scalpel, ce joueur d’exception truste-t-il les victoires grâce à une technique sans faille comme son palmarès le laisse entendre? Pas du tout. Mais il est cependant le reflet d’une époque ou les fautes sont bien comprises et où chaque mauvais pli entraîne sa parade. A nous de trouver le point de naissance de ses fautes ainsi que les répercussions sur le reste de son geste…

ADRESSE

Il s’agit d’un moment clé où nous allons pouvoir observer le grip du joueur de plus près. Idéal aussi pour juger de sa posture et de son équilibre. Concernant Dustin, rien à dire pour ce qui est du placement des mains, si ce n’est une main gauche légèrement trop couvrante (forte) – ce qui est plus flagrant sur d’autres images – et caractérise les joueurs recherchant un maximum de puissance.

Sinon, sa position se distingue par une grande présence devant la balle, une stabilité garantie par un stance dépassant légèrement la largeur de ses épaules (avec le driver) et un haut du corps très légèrement déporté vers la droite pour s’assurer de rester derrière la balle à l’impact. En bref, tout est comme dans les (bons) livres. Notez par ailleurs que ses pieds sont tous les deux “ouverts” ( ce qui est rare concernant le pied droit) et que sa balle est légèrement plus “dans le stance” que face au pied gauche ce qui nous indique – pour des raisons qui s’expliqueront plus tard – que Dustin aime prendre la balle relativement “tôt”, avant que le club n’ait atteint un phase de fermeture.

De profil, nous notons que l’axe du dos est parfaitement intègre du fait d’un bon redressement du menton devant la balle et que ses bras – et notamment le gauche – tombent dans un plan quasi vertical, comme requis. La mise en mouvement du club va pouvoir commencer…

TAKE-AWAY

Attention: chez Dustin, c’est là que tout se joue! Ne vous laissez pas abuser par un effet d’optique: le sens de la mise en mouvement du club est bien parallèle à la ligne de son stance, c’est à dire à la ligne d’objectif. Ce qui peut accrocher l’oeil, c’est la distance énorme qui sépare le club du corps du joueur; car Dustin a parfaitement compris. la notion d’amplitude comme créatrice de vitesse (donc de puissance). Malheureusement, cette amplitude à tout prix n’a pas permis à la face du club de s’ouvrir naturellement à la montée et celle-ci est restée parfaitement square, d’où son orientation vers la balle alors que le club se rapproche de l’horizontale.

Que ce soit volontaire de sa part ou pas, il est certain que c’est ici que se trouve le berceau de ses fautes. Pour information, ce placement est très contraignant d’un point de vue musculaire et articulaire et génère de grandes tensions dans la mise en mouvement du corps.

MI-BACKSWING

Effacez les centimètres supérieurs de la photo (jusque sous le gant) et vous avez ce qui se fait de mieux en termes de classicisme dans un swing de golf !

L’axe de rotation de la colonne vertébrale est resté parfaitement en place, le coude droit s’est rangé gentiment près du corps, le menton est placé au-dessus de l’épaule gauche pour laisser la place au pivot et les hanches ont également tourné à leur maximum, c’est à dire à 45 degrés. 

Le seul hic se trouve plus haut, dans le bombement anormal du poignet gauche qui indique bien une fermeture totale de la canne. Cette fermeture ne se contente pas d’orienter le club à gauche; elle implique également une diminution du loft de plusieurs degrés. Son driver ouvert habituellement à 10.5° se transforme à ce moment précis du geste en un engin n’ayant que 6 ou 7 degrés de loft. Inutile de dire que sans compensation spéciale de sa part, Dustin va envoyer ce coup très bas et complètement à gauche de sa cible. A moins qu’il ne se corrige dans la dernière image du backswing…

SOMMET DU BACKSWING

Finalement, le miracle n’aura pas lieu ! La tension du corps est parvenue à son terme mais le poignet n’a pas su (ou voulu) ré-adopter un placement naturel. Bien au contraire, le poignet s’est bombé davantage encore, Le club, par conséquence, ne s’est pas placé en ligne vers l’objectif mais vers sa gauche (lay-in), et la face du club en profite pour parfaire son bronzage, étant parfaitement orientée vers le soleil. Cela ne fait maintenant aucun doute : soit Dustin relance son club totalement vers la droite de la cible, soit son coup va terminer dans le premier cloaque qui se trouve vers la gauche.

DOWN-SWING

Non, Dustin ne nous fera pas mentir ! Il a maintenu son placement du poignet lors de la redescente mais, volontairement et pour les raisons évoquées plus haut, il a gardé la tête du club très près du corps et la ramène dans un sens très intérieur-extérieur qui devrait propulser le coup vers la droite de l’objectif et compenser ainsi la fermeture du club qui lui la fera aller vers la gauche. Il s’agit d’un système de compensation classique qui revient très à la mode ces temp-cis chez les amateurs et tente de bouleverser les standards de la normalité, à tort.

PRE-IMPACT

L’image résume Dustin ! La tête de club revient effectivement de l’intérieur et va donc être projetée vers l’extérieur, c’est à dire vers la droite de la cible. Le haut du corps est resté très présent et l’action des jambes devient essentielle pour ne pas “céder” et avancer dans la balle, ce qui l’amènerait à “coiffer” le coup et subir l’orientation fausse de son club. Nous sentons parfaitement dans cette photo toute la tension créée au niveau des avant-bras pour ne pas libérer la tête de club. A ce moment précis du swing, l’effort de Dustin est colossal. L’énergie accumulée par le club (qui ne demande qu’à se refermer) est énorme.

TRAVERSEE

Comparez le placement du corps de Dustin sur cette image et celui de la précédente. C’est le même ! Le joueur n’a pas bougé. Seules ses mains se sont relâchées et ont permis la libération de la tête du club ainsi que la projection du club, dans son ensemble, vers la droite de la cible. La balle est poussée vers la droite tandis que la face du club est orientée à gauche. Nous sommes dans une configuration typique de draw. Son plan (ou chemin de club) a su compenser la fermeture du club subie pendant le backswing (take-away, précisément) pour délivrer un coup stratégiquement jouable. Dustin semble nous dire que nous nous sommes inquiétés à tort lors des vues précédentes car tout problème a sa solution au golf ! Notez par ailleurs que son extension est totale et l’amplitude qu’il développe, gigantesque.

FINISH

Même par grand brouillard, ce finish se reconnaît comme la griffe de Dustin Johnson.

L’impression qui s’en dégage pourrait être considérée à tort comme l’aboutissement d’un coup rétréci. En fait, le corps est resté très proche des placements et des angles qu’il avait avant l’impact et cela donne une idée du travail effectué par le champion pour maîtriser son swing. On subodore par contre que les mains ont été très actives pendant le fouetté de la balle. Et cela est vrai. Car non seulement Dustin a lutté pour garder le club derrière-lui le plus longtemps possible dans le redescente, mais en plus nous avons affaire à un joueur qui swingue le driver à plus de 122 mph et qui a eu forcément un temps très court pour placer l’action de ses mains ainsi que la libération de la face du club. Une fois encore, chaque action observée dans le swing laisse des traces, et l’action de mains ne fait pas exception à la règle.

Pour mémoire, vous trouverez ci-dessous les bandeaux qui résument son swing vu de face, ce qui est toujours intéressant bien que beaucoup moins instructif que les vues de profil.

BACKSWING

DOWNSWING

Bien entendu, nous ne pouvons pas vous conseiller d’aller vers un swing à compensation tel que celui de Dustin Johnson. Mais peut-être vous permettra-t-il de mieux comprendre la façon à laquelle certaines fautes prennent naissance et la façon de les compenser chez les professionnels. 

Dans tous les cas, nous vous souhaitons autant de réussite que lui dans vos coups et autant de charisme lorsque vos pieds fouleront le gazon de vos fairways préférés.

 

Franck de Caumette.