Limitation des distances : l’air-shot volontaire du R&A.

Le Royal & Ancient de St Andrews, en collaboration avec l’USGA, vient de lancer la seconde vague de brainstorming au sujet des points qui devraient changer dans les mois qui viennent, concernant le matériel de jeu, afin de lutter contre l’accroissement des distances parcourues avec le driver par les meilleurs joueurs.

C’est une longue histoire, qui truste l’essentiel des conversations de club-houses depuis plusieurs années, et qui est suivie par des millions de fanatiques à travers le monde, plus ou moins angoissés par les répercussions de ces mesures sur leur jeu.

Pourtant, les nouvelles règles à venir sont nécessaires pour que le golf ait un futur. Car outre l’aspect financier, qui augmente logiquement lorsqu’un parcours s’agrandit afin d’être à la hauteur des joueurs qui vont l’affronter, on ne peut imaginer d’avenir pour un sport qui propose de consommer de plus en plus d’eau, d’engrais ou de pesticides.

Alors, les joueurs eux-mêmes y sont allés de leur vision du golf de demain, celui qui nous laisse miroiter une empreinte écologique allégée. 

Jack Nicklaus a proposé d’adopter une balle à vol restreint, Tiger Woods a suggéré une augmentation mécanique de l’effet de la balle (spin), tandis que Nick Faldo conseillait la suppression du tee au départ… 

En fait, ce ne sera rien de tout ça. St Andrews a tranché et sa solution – pour limiter les trop grandes distances avec le driver – portera sur trois axes majeurs : la diminution de la longueur des shafts (46 pouces, max), la diminution du moment d’inertie du driver (M.O.I.), et la diminution de l’effet trampoline.

Nous allons donc jouer des drivers plus courts, aux têtes plus compactes (moins de volume et de masse pour une diminution du M.O.I.) et à la frappe plus sèche (moins d’effet trampoline).

Nous ? Vraiment ?

Bien sûr que non !

Car si St Andrews -le R&A- validait ces mesures pour tous les joueurs, la  vénérable institution verrait un effondrement du nombre de nouveaux golfeurs, qui estimeraient à juste titre que ce sport est finalement trop pingre en matière de plaisir au vu des contraintes qu’il exige. Et les efforts des vingt dernières années, accomplis par les instances dirigeantes du golf, afin de le rendre attractif, auraient été vains.

Et c’est là que le R&A place sa botte secrète, qui ménage la chèvre et le chou, et lui permet de rentrer dans le rang des politiciens à deux sous, adeptes et maîtres de la déclaration d’intentions : la règle locale.

Car ces nouvelles mesures, tant craintes, entrent dans un cartable qui se nomme ainsi, ce qui permet aux clubs de décider où et quand ils décident de l’appliquer. En bref, les quelques clubs qui reçoivent des épreuves de type Open ou Grand Prix, peuvent l’adopter le jour de l’épreuve, et s’en passer le reste de l’année, n’imposant ainsi aucune contrainte à ses membres ou à ses green-fees qui pourront continuer à utiliser leur driver Oversize.

Ceux qui les subiront, par contre, sont les pros qui devront s’habituer aux têtes de drivers plus petites et plus instables, et bannir les fautes de centrage pour un contact plus juste avec la balle.

Une fois encore, les joueurs professionnels vont payer cher le fait que St Andrews s’accroche à son livre de règles unique comme une arapède à son rocher, plutôt que de le diviser en deux afin qu’il y ait une version pour les professionnels et une autre pour les amateurs.

Au lieu de cela, l’Honorable Société (le R&A) a préféré jouer sur le grand classique de la peur organisée, jurant que la puissance était à bannir, au profit des qualités intrinsèques du joueur, nous laissant nous imaginer jouer avec des manches en bois et des têtes de clubs martelées par le forgeron du coin. Pire, ils nous ont laissé penser par leurs déclarations équivoques que les fabricants de clubs avaient été mobilisés afin de proposer des solutions cohérentes dans ce sens. Là encore il s’agit d’un mensonge éhonté et rien n’a été évoqué selon les constructeurs eux-mêmes.

Dans une époque où sourdent des crises plus dramatiques que celle-ci concernant l’avenir du golf (création de la Golf Super League saoudienne), le R&A ferait bien d’adopter un tout autre profil, beaucoup moins politique, beaucoup moins tiède, et un peu plus honnête.

Car sinon les golfeurs de tous horizons ne tarderont pas à se chercher un nouveau Maître, qui ait la tête un peu plus sur les épaules et les pieds un peu plus au sec.

FdeC.

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