STYLE DE JEU : le golf européen perd-t-il son âme ?

Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le jeu, le golf s’est développé d’une autre façon, de l’autre côté de l’Atlantique, que sur le vieux continent européen. 

Plus grand, plus vierge, plus à la portée des imaginaires, le terrain de jeu des fils de l’Oncle Sam s’est révélé particulièrement propice à la réalisation de parcours plus étendus, plus larges et plus longs, qui ont généré des générations de joueurs répondant aux mêmes caractéristiques : plus grands, plus larges, et plus longs … 

Est-ce volontaire ou n’est-ce qu’une conséquence, toujours est-il que ces parcours aux allures de boulevards ont permis au fil des décennies à des millions d’Américains de se confronter rapidement aux joies du terrain, ce qui n’a fait qu’accroître la vitesse de développement de notre sport aux USA. Plus grave encore (pour nous Européens !), le circuit américain et ses flots de dollars ont su attirer les meilleurs joueurs européens à la recherche d’une rémunération juste et d’une gloire qui ne peut s’acquérir qu’en affrontant les meilleurs. Donc là-bas.

Mais ce qui est plus dérangeant, c’est que dans le but de préparer notre élite au voyage incontournable que chaque Espoir fera un jour ou l’autre – plein de rêves et de prétentions -, au pays de Washington, nos propres parcours se sont mis à ressembler à ceux du New Jersey, du Maine ou du Connecticut. A moins que ce ne soit pour attirer, justement, les golfeurs du New Jersey, du Maine et du Connecticut…

Pourtant, chez-nous, en Europe, on ne voit spontanément pas le jeu comme ça. Chez-nous,  le jeu est synonyme de stratégie, de précision et de contrôle. Il se marie au mot “maîtrise” davantage qu’ au mot “puissance”. Il demande plus d’anticipation, plus de réflexion, plus de précision. Car nos parcours sont originellement courts, étroits, tortueux, gardés par des roughs intraitables et des forêts naturelles qui sanctionnent aisément un coup égaré par une perte directe de la balle. Car nos greens sont moins étendus, moins grands, plus bombés. Les toucher demande souvent une précision chirurgicale et la punition qui se matérialise lorsqu’on les rate est aussi effrayante qu’un trou d’obus. 

En y réfléchissant bien, c’est parce qu’ils avaient cela en tête – comme une évidence – que les équipes de Ryder Cup ont balayé l’hégémonie américaine dès les années 1980. En les amenant à jouer à un jeu qu’ils maîtrisent mal alors qu’il constituait notre quotidien. En les affrontant sur des parcours comme Gleneagles, Valderrama ou le Belfry, lorsque l’Europe recevait. Des parcours où la puissance n’est pas le Graal, mais la maîtrise oui. 

Alors, bien sûr, le mal est fait et il ne s’agit pas de dynamiter nos plus récentes réalisations de parcours pour y mettre un terme, mais peut-être devrions-nous commencer par ne plus rechercher les signatures des grands architectes du golf modernes : ils sont essentiellement américains et ne produiront que le type de parcours qu’ils savent produire. Peut-être serait-il cohérent de chercher au sein même de nos régions européennes les talents susceptibles de refléter au mieux notre style de jeu naturel. 

Car ce jeu est le nôtre, nous l’abordons de la façon la plus complète, et nous devons en être fiers. 

Finalement, que nous promettent St Andrews et l’USGA, concernant l’évolution du jeu afin de minimiser l’impact de la puissance dans les années à venir ?

De mettre d’autres qualités que cette dernière en avant dans la liste des talents nécessaires pour bien jouer au golf ? 

Eh bien cela tombe à pic car c’est justement de cela qu’est fait le golf “made in Europe”. 

A nous de faire qu’il continue d’exister. Question d’identité, dira-t-on…

FdeC.

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