SUPER GOLF LEAGUE & RYDER CUP : le bateau coule normalement…

Que peut-on faire pour empêcher la vague de déferler et d’emporter les fondations du jeu de golf sur son passage ? 

La Super Golf League, cousine de la Premier Golf League, née en Arabie Saoudite, a tenté un coup d’état en proposant un circuit professionnel aux joueurs du PGA Tour à coups de millions de dollars, en fin d’année passée, et s’est vue opposer une fin de non reçevoir de la part des joueurs comme des instances dirigeantes actuelles. 

Sans grandes conséquences. Car à la contre-mesure de la PGA, qui interdisait aux joueurs adhérents à ce nouveau circuit d’être comptabilisés dans le classement mondial, les saoudiens ont répondu en rachetant des tournois du circuit asiatique comptant pour le World Ranking… Chassez-les par la porte, ils reviendront par la fenêtre ! Puis il y a eu le pathétique épisode de Greg Norman, dans le rôle du serpent chargé de faire briller la Pomme. Et enfin, à présent, l’arme de destruction massive : le chéquier magique à l’attention des joueurs, qui colle encore aux doigts et qui sent fort les effluves de pétrole.

Après les grandes manœuvres et les tentatives officielles, commencent donc les corps à corps …

A ce sujet, les saoudiens n’ont pas peur d’exhiber leurs armes : ils ont provisionné un milliard et demi de dollars afin de faire basculer les joueurs dans leur giron. Un milliard et demi de dollars pour détricoter le golf mondial actuel et le retricoter à la mode saoudienne, celle des paris en ligne.

L’une de leurs premières cibles a été choisie avec une attention toute particulière : Ian Poulter. Le joueur anglais est charismatique au possible (59éme joueur mondial), joue les plus grands tournois du monde (Majeurs), et dispute des épreuves des deux côtés de l’Atlantique. Mais surtout, Poulter est un joueur de l’équipe européenne de Ryder Cup ! Mieux encore, à 46 ans, il est le candidat idéal pour tourner sa veste et prendre un dernier gros chèque avant la retraite. Pour quel prix ? 30 millions de dollars, la somme que viennent de lui proposer les saoudiens…

Le montant donne des vertiges, c’est certain. Mais les joueurs commencent déjà à rire des enchères, sans réellement affirmer qu’elles ne les intéressent pas. Bryson deChambeau vient de recevoir son offre à 135 millions de dollars. DJ (Dustin Johnson) estime qu’il en vaut beaucoup plus, Phil Mickelson dédaigne 100 millions de dollars, et ceux qui n’ont pas encore été approchés attendent leur Tour.

Poulter renoncera-t-il à sa participation en Ryder Cup, cèdera-t-il au pouvoir de l’argent ? Cela aurait un effet dévastateur sur la position des autres joueurs, c’est certain, et impacterait directement l’intérêt que suscite, tous les deux ans, la rencontre Europe-USA. 

C’est parce que nous (les golfeurs) n’avons pas été suffisamment vigilants que la Super Golf League parvient petit à petit à ses fins. Ceux qui ont misé sur l’appétit du public pour les retransmissions de tournois, comme le Saudi International, auraient dû voir le coup venir plutôt que cautionner un changement de direction dangereux pour la pérennité du jeu. Mais ces derniers risquent d’être punis pour leur opportunisme. Car s’ils retransmettent également cette fameuse Ryder Cup, ils risquent d’être déçus par un audimat qui, comme moi, se désintéressera totalement d’une épreuve dont seront exclus les 20 meilleurs joueurs du monde.

A moins que les saoudiens ne rachètent également la Ryder Cup, bien sûr, ce qui finalement n’étonnerait plus personne.

FdeC.

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