Un fantôme dans le placard.

Une question revient régulièrement, cette année plus que jamais, concernant l’intérêt de se porter sur l’acquisition des clubs proposés au catalogue 2021 versus ceux des versions précédentes, c’est-à-dire les modèles 2020 et surtout 2019.

La chose est étrange, déroutante, car si cette hésitation est légitime, elle est plus souvent exprimée que d’habitude et elle porte chaque fois sur le même point: les clubs récents ne seraient-ils pas trop légers pour que le joueur de golf y trouve son compte?

Le mot est lâché – légers – et il s’accompagne toujours des mêmes lieutenants qui sont feutrés, vides, creux, compensés, et du même officier supérieur: le capitaine Fantôme

Car il faut bien le reconnaître: la tendance qui consiste à alléger les clubs, année après année, concerne principalement les joueurs aux vitesses basses à modérées, c’est-à-dire majoritairement les seniors. 

Bien qu’il soit impensable de négliger cette confrérie particulièrement joyeuse et dynamique (qui est composée de 135 000 membres de plus de 65 ans en France, chiffres FFG 2018), et bien que nous soyons conscients que cette clientèle soit la cible idéale des fabricants du fait de son pouvoir d’achat supérieur, nous sommes obligés de nous questionner sur ce qui est fait pour les joueurs Regular, les Juniors et les Ladies non sénior. Car au bout du compte ce sont eux les grands perdants de l’affaire. Ce sont eux pour qui les clubs actuels sont des cannes non adaptées à la performance telle qu’ils l’ont connue au fil des ans. Et ils sont 330 000…

Outre la répercussion colossale que l’outil – le club – impose à la forme du swing, l’allègement outrancier combiné à la fonction anti-slice de pratiquement tous les bois du marché, amène à penser différemment, à ressentir différemment, et c’est toute une culture golfique qui risque de disparaître dans le sillon de ces clubs fantômes.

Car si le signal d’alarme que nous entendons retentir tout autour de nous ne trouve pas d’oreille attentive du côté des constructeurs, le golf mondial se trouvera divisé en deux catégories: ceux qui ont connu “avant” et ceux qui auront commencé avec des clubs poids-plumes. Ces derniers ne verront pas de différence majeure dans l’évolution des clubs dans le temps, et auront l’impression de pratiquer un sport beaucoup plus ludique qu’annoncé – pas si difficile que cela – et seront moins exigeants, plus mesurés. Leur palette de sensations sera par contre plus pauvre.

Quant aux premiers, ils sauront mieux mesurer l’évolution colossale que notre sport a connu d’un point de vue technologique et sauront mieux juger des dérives imposées par les modes. Leur gamme de ressenti sera beaucoup plus large que celle de leurs cadets, et ils trouveront les clubs qu’il leur faut, d’une façon ou d’une autre, ou abandonneront progressivement le jeu pour des activités plus riches en émotions.

Ils risquent alors de se tourner vers les club-makers afin de trouver chaussure à leur pied, bien que je ne pense pas que cette option fasse partie des plans imaginés initialement par les fabricants de clubs.

 

FdeC. 

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