Whistling Straits 2021 : La dernière Ryder Cup ?

Tandis que L’Europe et les USA préparaient leur grand affrontement intercontinental à Whistling Straits – Wisconsin -, le site Internet Fried Egg publiait un podcast, la semaine dernière,  dans lequel Mike Whan, CEO de l’USGA, nous en disait un peu plus sur l’avancement du dossier “Distances” qui se trouve entre les mains des instances américaines et mondiales du golf (USGA et Royal & Ancient de St Andrews).

Lors de cet interview, le patron du golf américain a livré peu de nouvelles informations, mais suffisamment pour avoir une idée  assez claire des difficultés rencontrées pour la mise en place des nouvelles mesures décidées par les dirigeants.

Tout d’abord, selon Whan, les premières mesures concernant la limitation des distances seront appliquées à l’été 2022. Nous savons déjà que la première restriction concernera la longueur maximale des drivers  (46 pouces, contre 48 aujourd’hui, voir Édito “30 en ville, 46 au golf”) mais nous n’avons aucune information sur la teneur des mesures suivantes. Mike Whan dit attendre pour cela que les fabricants de clubs finalisent les propositions techniques conformes aux grands axes définis lors de l’abolition du free-drive : créer des clubs qui mettent en avant d’autres qualités que la puissance du joueur.  Malheureusement, nous n’avons pas connaissance de ces mesures sur lesquelles aucune information n’a fuité. Et nous ne voyons pas très bien en quoi elles peuvent consister…

Mais Mike Whan nous en dit plus : selon lui, les changements proposés vont ralentir, voire stopper, les progrès techniques attendus pour les 10 ou 20 années à venir. Mais surtout, les législateurs n’ont qu’une peur : rendre obsolète par des mesures trop drastiques, l’ensemble des parcours de golf actuels. Malgré cela, le jeu en vaudrait la chandelle.

Cependant, à cause de cette crainte, l’USGA propose, par le biais de Whan, de ne pas modifier les règles concernant le matériel de jeu mais de les contourner afin d’exploiter au mieux les espaces de liberté qui existent encore dans le livret. 

Autant le dire, tout cela sent l’acte manqué à plein nez. 

La véritable lecture des paroles de Whan c’est que les instances font face à une pression trop forte de la part des fabricants de clubs qui n’ont ni les idées ni le temps de réinventer le club de golf que St Andrews réclame. Que le lobby de l’immobilier qui regroupe les propriétaires de terrains, ne sera jamais prêt à investir des millions de dollars et à engager des travaux au long cours parce qu’une bande de passionnés, à l’autre bout de l’Ecosse, a décidé de changer une règle de jeu – rappelons que tout l’aspect stratégique d’un parcours réside dans le placement des obstacles en fonction des distances parcourues. Et enfin, qu’en proposant un contournement plutôt qu’un changement de règles, Whan nous montre le peu de motivation profonde qui est celui de l’USGA et nous propose d’adopter une attitude vis-à-vis des règles qui n’est pas franchement glorieuse.

Forts de cela, nous pouvons nous poser la question de ce que sera une éventuelle 44ème édition de La Ryder Cup ? Sur quel parcours se jouera-t-elle? Un terrain aux anciennes normes que les joueurs affronteront avec des clubs nouvellement bridés ? Car dès la fin 2022, ils le seront ! Les nouveaux Pars, seront-ils re-calculés (puisque le Par se calcule en fonction des distances atteignables) ? Les obstacles des parcours seront-ils repositionnés en fonction des nouvelles zones de retombées des drives ?

Au bout du compte, nous sommes amenés à constater que ce dossier a été traité en dépit du bon sens et sans grande conscience de l’urgence de la situation. Aucune action de coordination n’aura été engagée envers les différents acteurs du Golf.

Les concertations promises par le R&A et l’USGA n’ont probablement pas été entamées, que ce soit au niveau des clubs, des architectes de golfs, des pros, des Fédérations nationales ou des fabricants de clubs.

Et cette situation ne fait que renforcer le clan de ceux qui s’époumonent depuis des mois à argumenter sur la nécessité de créer deux livres de règles ; l’un pour les pros et l’autre pour les amateurs.

Car si toutes ces mesures voient le jour, elles ne changeront pas fondamentalement le jeu des amateurs mais pourraient bien empêcher les pros de jouer. Tout simplement.

 

FdeC.

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